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Patrimoine Historique

PETIT HISTORIQUE DE BOERSCH

– Les origines

            Boersch entre dans l’histoire le 21 septembre 1109 sous le nom de Bersa. La charte de fondation du monastère bénédictin voisin de Saint-Léonard, rédigée en latin, cite des terres situées dans « les environs de Bersa ». Dans les textes médiévaux, on trouve la mention de Berse. Il ne fait cependant aucun doute quant à l’antériorité d’une occupation humaine des lieux.

            En effet des découvertes archéologiques, effectuées fortuitement en 1925, attestent la présence de vestiges du Néolithique : des tessons de poterie, une hache en pierre, un vase ont été exhumés au pied de l’Altenberg, entre les routes de Rosheim et d’Obernai.

            En outre, le nom même de Bersa/Berse indique une origine probablement celtique. Certains l’ont traduit par « treillis d’osier » ou « palissade », d’autres par « eaux rapides et vives ». Celles du Weidasch, rivière qui longe la cité par le nord et dont le débit semble bien tari de nos jours ? N’oublions pas que le climat a une histoire et qu’il y a plus de 2000 ans, les précipitations devaient être plus abondantes, sans compter qu’une grande partie d’entre elles est aujourd’hui captée pour l’approvisionnement en eau de Boersch, Rosheim et Bischoffsheim.

            Le patronage de saint Médard prouve également une certaine ancienneté. À partir du tombeau de Soissons, son culte s’est propagé après sa mort vers 545. La paroisse de Boersch est la seule en Alsace à honorer ce saint.

– Boersch au Moyen Age

            Nous ne savons pas précisément quand l’évêque de Strasbourg est devenu le seigneur de Boersch, peut-être à la suite d’une donation mérovingienne, ni quand le Grand Chapitre (les chanoines de la cathédrale de Strasbourg) y a fondé une cour seigneuriale (Dinghof), vraisemblablement au Xe siècle. L’évêque, pour subvenir aux besoins des chanoines qui le secondaient lors de l’office à la cathédrale, leur a accordé terres et biens. Ils ont accru ainsi leur puissance au fil des siècles par un recrutement de plus en plus nobiliaire, voire princier, et sont même devenus tellement puissants qu’ils nommaient l’évêque au Moyen Âge.

            Un document capital pour l’histoire socio-économique alsacienne concerne cette possession foncière du Chapitre cathédral, appelée plus tard Fronhof (cour des corvées). C’est la Rotula Berse du milieu du XIIIe siècle. L’abbé Hanauer l’a qualifiée de « plus ancien monument complet de l’organisation colongère en Alsace ». L’importance économique du vin y apparaît nettement : la vigne seigneuriale était située au Weingarten, un lieu-dit en contrebas de l’actuelle route Boersch-Rosheim. De la Saint-Michel (29 septembre) à la Saint-Martin (11 novembre), l’organisation des vendanges était réglementée avec précision pendant la visite du Wunebote, représentant du Grand Chapitre. Dix assemblées annuelles (Dincs ou Dings) rassemblaient les paysans de cette cour.

            L’évêque de Strasbourg a souvent entraîné la ville dans la guerre, surtout lors des conflits entre le pape et l’empereur. Après un nouveau conflit suivi d’une défaite, Berthold de Bucheck (évêque de 1328 à 1353) décide de fortifier Boersch et de lui accorder le statut de ville, probablement vers 1340.

Des remparts, trois tours-portes et une quatrième tour sont construits dès cette époque. L’origine des armes de la ville : deux poissons blancs (des perches), se tournant le dos sur fond azur, doit être recherchée dans l’homonymie entre le mot allemand (perches= Bärsche) et la forme ancienne et dialectale de Boersch (Bersch).

            En 1385, la ville est prise de nuit par le comte Henri III de Saarwerden, pillée, détruite et l’église brûlée. Par la suite, Guillaume de Diest, évêque de Strasbourg de 1394 à 1439, la gage plusieurs fois pour payer ses nombreuses dettes. En 1405 et 1406, il l’hypothèque à trois (!) créanciers différents : au comte Philippe de Nassau-Saarwerden, à la Ville de Strasbourg et au Grand Chapitre ! Finalement en 1466, la Seigneurie passe définitivement de l’évêché au Grand Chapitre pour 1000 florins, et ce jusqu’à la Révolution.

– Boersch aux XVIe et XVIIe siècles

            Les événements tragiques de la guerre des paysans en 1525 ont eu des répercussions importantes pour la localité. En effet le 19 avril, la Collégiale de Saint-Léonard est l’objet d’attaques et de pillages de la part de troupes paysannes venues d’Altorf et de Dorlisheim, auxquelles se sont joints des habitants de Boersch, « même quelques conseillers municipaux… ». Ils pillent les caves et se livrent à des profanations. Pour la ville de Boersch, dont la plupart des habitants ont pris part à l’assaut, l’affaire se termine par une amende de 1600 florins, versée aux chanoines de Saint-Léonard, et entraîne pour longtemps une animosité entre la population locale et les religieux. De nombreux Boerschois, à l’instar de leurs voisins d’Obernai, Bernardswiller, Ottrott, etc., ont participé activement à ces journées où revendications religieuses et sociales font trembler l’ordre établi.

            Puis pendant près d’un siècle, c’est « l’âge d’or », comme pour de nombreuses autres cités alsaciennes. L’époque de la Renaissance imprime aujourd’hui encore son cachet dans des monuments appréciés des touristes : l’Hôtel de Ville (Laube), à la fois halle de marché, lieu de réunion et demeure du bailli, est construit en deux étapes en 1565 et 1572. Un oriel y est adjoint en 1615 et le puits à six seaux réalisé deux ans plus tard, œuvre attribuée à Jacob Zumsteg, à qui nous devons également le puits de Rosheim.

            Mais le malheur s’abat à nouveau sur la petite ville. D’abord dès la fin du XVIe siècle, la peste sévit et fait plus de 80 victimes en 1596-1597, puis lors de la Guerre de Trente Ans (1618-1648). En 1622, la ville souffre d’un court siège et surtout d’exactions importantes commises par les troupes de Mansfeld : pillages, meurtres, incendie. À Saint-Léonard, des chanoines sont brûlés vifs. Les localités environnantes sont aussi touchées : Niedernai, Obernai, Rosheim, Ottrott, etc. Le couvent du Mont Sainte-Odile est détruit.

Dix ans plus tard, les Suédois du maréchal Gustav Horn prennent la ville par surprise et y installent un cantonnement. La peste sévit aussi pendant six mois en 1633.

            À la fin de la guerre, le bilan est désastreux. Nous en avons connaissance par un document intéressant, un état des possessions du Grand Chapitre de Strasbourg rédigé en mars 1649. Sur 200 bourgeois (y compris les veuves) recensés en 1632, il ne reste plus, dix-sept ans plus tard, que 65, surtout des journaliers, c’est-à-dire 32 %. D’autre part, sur 173 maisons habitées en 1632, en tenant compte par conséquent de celles reconstruites après le passage de Mansfeld, il n’y en a plus que 81 habitables, c’est-à-dire 47 %. La situation économique est évidemment désastreuse : la superficie occupée par la vigne ne représente plus que 25 % par rapport à l’avant-guerre et celle des prés la moitié. Les plus belles maisons et les meilleures terres ont été rachetées par des bourgeois strasbourgeois. En outre, les dettes s’élèvent à 3436 livres tournois 18 sols, représentant les frais d’occupation dus aux Suédois et le foin pour les quartiers d’hiver des soldats.

            Au XVIIe et au XVIIIe siècle, la ville est le siège d’un bailliage comprenant Boersch, les deux annexes de Saint-Léonard et du Klingenthal, ainsi que Saint-Nabor, Geispolsheim et Lampertheim. A cette époque la famille Barthmann occupe la fonction de bailli.

Les dénombrements comptabilisent une population de :

– 120 feux en 1720
– 212 feux en 1750
– 180 feux en 1760
– 247 feux en 1766
– 314 feux en l’an VII (1799).

Si on applique un coefficient moyen de 5 et en tenant compte des exemptions (clergé, officiers, fonctionnaires seigneuriaux, etc.), mais… en maniant ce coefficient multiplicateur avec beaucoup de précaution, cela représenterait une population oscillant entre environ 550 et 1 600 habitants de 1720 à 1799.

Par la suite, la population augmente jusqu’à 2317 habitants en 1836, puis diminue après la fermeture de la Manufacture du Klingenthal. En 1939, il n’y a plus que 1065 habitants. Ce total stagne jusqu’en 1968 (1154 habitants) avant d’augmenter (1407 habitants en 1975). En 2019, il y avait environ 2400 habitants.

            La principale activité économique était la culture de la vigne. D’après Mgr Médard Barth, le vignoble couvrait une superficie d’environ 200 hectares dès la fin du Moyen Age. En 1760, le plan d’arpentage réalisé par Pétin divise le ban de Boersch ainsi :

– environ 37 % de vignes
– 21 % de terres cultivées
– 16 % de bois particuliers
– 15 % de broussailles
– 8 % de prés
– 3 % d’espace construit.

            Ce total ne prend pas en compte la forêt indivise de Boersch-Bischoffsheim. Cette immense forêt était partagée par les deux communes pendant de nombreux siècles. Mais à la suite de fréquentes disputes et contestations, un jugement rendu à Epinal en 1799 attribue les deux tiers (1250,69 hectares) à Bischoffsheim et le tiers restant (601,71 ha) à Boersch. L’argument en faveur de ce partage inégal est que, depuis le début du XVe siècle, Bischoffsheim installe deux gardes forestiers et Boersch un seul. Néanmoins cette dernière est restée propriétaire du ban, donc du sol.

            Lors de la Révolution, les habitants ont plutôt soutenu le prêtre réfractaire, hostile aux idées révolutionnaires, contre son rival le curé jureur qui a eu maille à partir avec une partie de la population. L’esprit contre-révolutionnaire des gens est alors fustigé par les autorités officielles.

            Il faut rajouter deux annexes qui donnent un cachet particulier et original à l’histoire de Boersch : Saint-Léonard et Klingenthal.

            La première est Saint-Léonard. En 1109, un couvent de bénédictins est construit à l’emplacement d’une forêt de chênes où, d’après la légende, vivait un ermite. Sa charte de fondation mentionne pour la première fois le nom de Bersa (Boersch). L’abbaye périclite après un siècle et est remplacée vers 1215-1235 par une Collégiale de chanoines, dépendant du Chapitre de la cathédrale de Strasbourg. Elle est pillée et saccagée lors de la guerre des paysans en 1525 et de la guerre de Trente Ans, notamment en 1622 et 1632. Au XVIIIe siècle, les chanoines possédaient des biens à Innenheim, Bischoffsheim, Blaesheim, Entzheim, Duppigheim, Kintzheim (près de Sélestat), Auenheim (près de Kehl, en pays de Bade), etc. À la Révolution, les biens sont vendus aux enchères.

Vers 1900, Saint-Léonard est un important centre de la culture alsacienne autour du mécène Anselme Laugel et du peintre et marqueteur Charles Spindler. Avec leurs amis, dont Gustave Stoskopf, auteur de pièces de théâtre en dialecte alsacien, le potier Elchinger, etc., ils forment le « Cercle de Saint-Léonard » et participent à la renaissance de l’identité alsacienne.

            L’originalité de Boersch se traduit donc par la juxtaposition de trois entités distinctes, mais complémentaires, qui en font son charme et sa richesse : la cité médiévale avec son rempart, ses portes d’entrée, sa place de l’Hôtel de Ville et ses vieilles maisons typiques du vignoble alsacien ; l’ancienne Collégiale de Saint-Léonard, centre artistique et foyer intellectuel de première importance en Alsace vers 1900 ; le village-manufacture du Klingenthal, première Manufacture royale d’armes blanches du royaume de France et l’un des premiers centres industriels de la région.

Jean-Marie GYSS


Histoire singulière du Klingenthal, la Vallée des Lames

            1730 marque une date importante non seulement dans l’histoire de la ville de Boersch, mais aussi dans celle de toute la région : c’est l’année de la création d’une manufacture d’armes blanches qui va donner naissance au hameau du Klingenthal.

La création de la Manufacture

            En 1729, Louis XV demande à son Secrétaire d’Etat à la Guerre, M. d’Angervilliers, d’établir une manufacture d’armes blanches dans le Royaume de France, afin de ne plus dépendre de l’étranger pour l’approvisionnement de ses troupes. C’est Henri Anthès, spécialiste incontesté en métallurgie, qui est chargé de trouver un site en Alsace: son choix se porte sur la vallée de l’Ehn en amont d’Obernai. Pour réaliser ce projet, il a fallu non seulement construire des martinets, des forges et des aiguiseries sur les deux rives de l’Ehn, aménager le réseau hydraulique, mais aussi trouver les ouvriers compétents. Les dix spécialistes qui vont fonder la Manufacture et transmettre leur savoir-faire sont débauchés à Solingen (Allemagne). Le 15 juillet 1730, Louis XV signe les Lettres Patentes pour la création de la Manufacture Royale d’Armes Blanches d’Alsace. Celle-ci prospère très rapidement et dès 1731, elle emploie 25 ouvriers tous originaires de Solingen : ce sont eux qui donnent le nom de Klingenthal, Vallée des Lames, au village-manufacture se constituant petit à petit.

L’essor de la Manufacture

            Le Klingenthal ne cesse de prospérer et d’attirer un grand nombre d’ouvriers originaires d’Allemagne mais aussi des villages environnants. Les effectifs progressent régulièrement, atteignant les 208 à la veille de la Révolution et le nombre record de 679 en 1816. L’Empire marque incontestablement l’apogée de la Manufacture qui  produit à cette époque ses plus belles armes blanches.

La fermeture de la Manufacture d’Etat

            Après la chute de l’Empire en 1815, le déclin s’amorce: les guerres napoléoniennes, grandes consommatrices d’armes, sont bien terminées. De plus, 1819 voit la création de la Manufacture de Châtellerault qui va concurrencer sérieusement celle du Klingenthal: dès 1820, des ouvriers sont appelés à se rendre à Châtellerault. La décision de fermeture de la Manufacture du Klingenthal est prise en 1830 et devient effective en 1836. Des dizaines d’ouvriers alsaciens  partent pour Châtellerault avec leurs familles. La misère et le chômage sévissent au Klingenthal: la période de gloire et de prospérité est bien révolue.

La période Coulaux

            En 1838, Julien Coulaux, entrepreneur de la Manufacture depuis 1801 avec son frère Jacques, rachète aux enchères les bâtiments et ateliers de la Manufacture qui devient dès lors une entreprise privée. La fabrication d’armes blanches continuera certes jusqu’en 1925 mais Charles Louis Coulaux,  le fils de Julien, introduit la production de faux et faucilles à partir de 1840, en aménageant certains ateliers et le réseau hydraulique. Pour démarrer cette nouvelle activité, il fait venir de Remscheid, près de Solingen, des spécialistes dans l’art de forger des faux. Plus tard, à partir de 1871 des ouvriers du Tyrol viendront renforcer les effectifs. Le Klingenthal connaît ainsi une nouvelle période de prospérité. A partir de 1930, le progrès industriel provoque la fermeture des ateliers devenus vétustes, les uns après les autres, jusqu’au dernier en 1962. Les martinets se sont alors définitivement tus dans la Vallée des Lames après 232 années d’intense activité.

Klingenthal aujourd’hui

            La trace de l’activité passée du village s’est peu à peu effacée et pourtant bien des vestiges subsistent : les nombreuses meules d’aiguisage qui jalonnent le village, les canaux et les prises d’eau, l’inscription sur le bâtiment de réception des armes Manufacture d’armes blanches 1776. Et surtout, Klingenthal a conservé de son passé atypique une situation administrative complexe. La rivière Ehn sépare le hameau en deux parties, la rive droite est annexe de la commune d’Ottrott tandis que la rive gauche est annexe de la ville de Boersch.

            Le visiteur curieux peut découvrir l’histoire du village à la Maison de la Manufacture. Ce musée créé en 1995 dans l’ancienne école et rénové entièrement en 2007, rassemble une importante collection d’outils, d’objets, de documents, d’armes, de photos, de maquettes… qui retracent le riche passé du Klingenthal. La visite de la Maison de la Manufacture peut se prolonger par un circuit à travers le village. Le promeneur retrouvera, tout au long d’un parcours jalonné de panonceaux, les anciens ateliers surmontés de logements, la résidence de l’Entrepreneur, celle des Inspecteurs, l’église catholique, l’église protestante ainsi que le réseau hydraulique avec ses canaux et ses prises d’eau.

Elisabeth Gressier

Liens

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